Maslow avait-il raison ?

La représentation pyramidale et hiérarchique des besoins ainsi que sa théorie de la motivation qui en découle même si elles sont encore enseignées en Management sont remises en question par une majorité de la communauté scientifique actuelle. Je vais, ici, vous en donner ma vision bien différente, en ayant conscience que je vis à une autre époque, avec une autre réalité.

Cela faisait déjà un moment que j’avais envie de m’exprimer sur la pyramide de Maslow qui est toujours proposée aux étudiants. Je l’ai, moi-même, apprise dans mes premières années à la faculté, lors de mes études de psychologie. Déjà, je m’interrogeais sur sa théorie et l’ordre des besoins qu’il proposait ; quelque chose clochait, pour moi car elle ne correspondait pas à ce que je vivais. Et pour cause, je savais parfaitement que je ne me lançais pas dans ces études pour un objectif ou un « besoin » matériel, financier mais pour un objectif bien plus personnel, bien plus intime comme bon nombre de mes collègues étudiants. Resituons le contexte de sa théorie : Abraham Maslow, psychologue, a édifié ce concept de la pyramide des besoins dans les années 40 à 70. En 40, l’Europe est en guerre. Avec la crise de 1929, beaucoup de personnes se sont retrouvées en faillite financière et en précarité et pour beaucoup d’intellectuels, cette situation économique a été le terreau de mouvements sociaux et politiques comme des grèves et la montée du Nazisme et du Fascisme. Après la Seconde guerre Mondiale, l’Europe est détruite, certaines villes ont été tellement bombardées qu’il ne reste que 10% des bâtiments tout est à reconstruire et chacun aspire à la paix et à la liberté et à retrouver un confort matériel. De plus, Abraham Maslow est un homme, un universitaire, issu d’une famille de 7 enfants qui a fui la Russie, la pauvreté et les persécutions contre les personnes de religion juive. Donc, le contexte politique et social, comme sa condition familiale ont teinté et orienté cette pyramide.

La représentation pyramidale et hiérarchique des besoins ainsi que sa théorie de la motivation qui en découle même si elles sont encore enseignées en Management sont remises en question par une majorité de la communauté scientifique actuelle. Je vais, ici, vous en donner ma vision bien différente, en ayant conscience que je vis à une autre époque, avec une autre réalité. La pyramide des Besoins de Maslow a l’avantage de donner un modèle simple. Seulement, comme dans toute simplification, il y a des réductions, qui me semblent inadéquates. D’ailleurs, la représentation de la hiérarchie des besoins sous la forme d’une pyramide a véhiculé l’idée selon laquelle un besoin doit être satisfait à 100 % avant que le besoin suivant émerge. Maslow lui-même reconnaissait une progressivité dans le passage d’un besoin à l’autre.

Maslow-1 Pyramide.jpg, sept. 2021
De plus, pour Maslow, l’ordre des besoins est « universel » (je rappelle que sa vision est teinté par son époque et aussi sa condition sociale) et c’est, seulement, lorsqu’un besoin est assouvi que nous passons à un autre. Pourtant des personnes dont les besoins physiologiques (1er besoin) ou de sécurité (2ème besoin) ne sont pas totalement remplis, parce qu’elles vivent « sous le seuil de pauvreté » comme nous le disons aujourd’hui ou dans un pays en guerre, ont besoin d’amour, d’affection et de reconnaissance (3ème et 4ème besoin). Certaines personnes font la grève de la faim pour exprimer des opinions politiques. D’autres vont choisir de se priver de manger pour s’offrir ou offrir à leurs enfants des jouets et des vêtements qui auront une valeur de représentation pour obtenir, de l’affection et de la reconnaissance. Abraham Maslow aurait, toutefois, pu s’appuyer par exemple sur les travaux de son contemporain, René Spitz ainsi que les observations des pédiatres qui décrivaient, au début du XIXe siècle, des états de marasme observé chez des nourrissons hospitalisés, état qui ne paraissait pas être justifié par la pathologie somatique (ou physique) ayant suscité l’hospitalisation. Spitz reprendra donc le terme « d’hospitalisme » utilisé pour la 1ère fois en 1915 pour décrire ce syndrome psychopathologique. Ce syndrome s’explique, selon lui, par la séparation précoce mère-enfant, les carences institutionnelles de ces hôpitaux et centres de soins qui accueillaient ces enfants et les troubles au sein même de la relation mère-enfant.

Il existe d’autres études qui vont dans le sens que l’amour est le tout 1er besoin avant même la nourriture. On peut se référer à des expériences menées auprès de Bébés chimpanzés ou des gorillons. Ces derniers placés dans une pièce, sans leur mère, préféraient se réfugier dans les bras d’une armature en peluche qui ne leur donnait pourtant pas à manger plutôt que d’aller vers celle métallique qui, elle, pouvait leur fournir un biberon de lait.

On peut se rappeler, également, de ces enfants retrouvés dans les orphelinats en Roumanie après la chute du régime de Ceausescu. Ils recevaient le minimum des soins mais ce qui les tuaient et/ou les « faisaient fuir » (un des schémas de l’Instinct de survie propre au cerveau reptilien) dans des comportements autistiques étaient l’absence totale d’existence propre, de relation affective et sociale personnelle.

Maintenant, revenons à cette pyramide des besoins de Maslow que d’autres professionnels comme moi remettent en question et comment je la vois et vous la propose.

Pyramide de Maslow revisitée.png, sept. 2021

Le premier besoin est l’Amour

Vous le comprenez certainement au vu des exemples donnés ci-dessus, et bien d’autres, que le premier réel besoin pour un humain, est bien celui d’amour reçu mais aussi donné, et j’y inclus l’amour de soi. Ce dernier me parait essentiel car il est difficile voire impossible de recevoir des autres, en toute sécurité émotionnelle ce que nous ne nous donnons pas à nous-mêmes.

  • Avez-vous déjà entendu l’expression populaire, presque médicale ; « un enfant ne se laisse pas mourir de faim » ?

Effectivement l’enfant qui se sent aimé, vivant dans une famille aimante, équilibrée, a envie de vivre et donc de se nourrir.
Ainsi, un enfant qui se sent mal aimé peut avoir des comportements de mise en danger en lien avec la nourriture (*).


Le deuxième besoin est donc, en relation avec les besoins physiologiques

Ceux-ci sont : respirer, boire, manger, dormir, éliminer, mais aussi se reproduire. Tout notre organisme cherche l’équilibre (l’homéostasie).
Ce sont des besoins essentiels pour notre corps, mais ils sont très liés à notre mental, à nos besoins psychiques. Lorsque nous nous aimons, nous nous respectons, nous respectons notre corps, nous faisons attentions à nous, nous aimons les plaisirs simples de la vie qui passent par les sens.

Deux exemples faciles à comprendre.

Un individu bien dans sa peau, heureux, un « bon vivant » représente une personne qui aime la vie, dans tout ce qu’elle lui apporte, même les plus petites choses, : les bons plats, une rencontre entre amis, le jour de plus etc.
(*) Au contraire, certains humains pris dans un mal-être psychique, peuvent développer une pathologie de la conduite alimentaire : l’anorexie mentale. Ce qui les met en danger car ils se restreignent sur le plan alimentaire.
Lorsque nous nous aimons nous-mêmes, lorsque nous nous sentons aimés, nous nous sentons forts, beaux, avons confiance en nous et en nos capacités. Vous connaissez certainement l’expression : « l’amour donne des ailes ».

  • Qu’allez-vous faire de tout cet amour qui vous nourrit ? de cette puissance et confiance en vous ?

Je pense que, la plupart d’entre nous, allons le faire circuler. C’est une question d’énergie mais aussi de biologie ; nous sommes des êtres sociaux et avons besoin d’échanges avec nos pairs.


Le troisième besoin à mes yeux est l’accomplissement de soi

Grâce au premier besoin rempli : cet amour reçu comme donné, nous sommes prêts à accomplir de grandes choses. Grâce au deuxième besoin rempli, nous avons un corps en bonne santé, fort, résistant. Nous avons, ainsi, une base solide qui nourrit notre envie de grandeur, d’épanouissement, d’accomplissement de soi.
Ce désir de réalisation, va à la fois soutenir et nous demander d’acquérir de la confiance en nous et de l’estime de soi.

  • Est-ce que ce sont vos résultats qui nourrissent votre confiance en vous et votre estime personnelle ou est-ce le contraire ? Votre estime personnelle et votre confiance en vous qui déterminent vos résultats ?



Le quatrième besoin est donc, selon mon point de vue, l’estime de soi

Il fait appel à l’amour de soi, l’estime personnelle, la confiance, et nous apporte respect, reconnaissance et appréciation de nous-mêmes comme des autres.
Selon moi, c’est notre définition de qui nous sommes, le regard que nous posons sur nous qui influenceront nos actions, nos réalisations et même nos résultats. Ces derniers viendront, après, renforcer ou non notre estime de nous. Si nous avons une mauvaise image de nous, nous allons avoir tendance à regarder nos actions et inactions avec ce prisme et si nos résultats ne nous satisfont pas, et avoir tendance à nous déprécier « je suis incapable, je n’arrive à rien… ». Ainsi, nous allons être tentés d’abandonner, de revoir nos objectifs à la baisse, voire ne pas nous autoriser à rêver et à avoir de grands buts. Au contraire, nous sommes prêts à réaliser de grandes choses si nous nous voyons grands. En ayant confiance en nous, nous surmontons les obstacles et les résultats qui nous déplaisent car ces derniers ne font pas changer la bonne opinion que nous avons de nous-même.

  • Avez-vous de grands rêves ?
  • Pensez-vous pouvoir ou même mériter de les réaliser ?



Le cinquième besoin et le dernier est celui de la sécurité physique et émotionnelle.

Il est évident, pour moi, que nous avons une bien meilleure réussite en nous appuyant sur notre confiance en nous : si nous avons de plus grands rêves, nous abordons bien mieux les difficultés et nous les dépassons pour de bien meilleurs résultats. Même lorsque nos objectifs ne sont pas atteints au moment où nous le souhaitons, nous envisageons la suite positivement. Nous ne remettons pas en question ce que nous voulons atteindre, nous réajustons, seulement, la trajectoire et le délai. Les obstacles ne sont donc pas vécus dans le stress, comme des perturbations négatives mais acceptés comme faisant partie du « chemin ». Nous savons, aujourd’hui, que notre état mental comme par exemple le stress, la dépression, a des effets sur notre santé physique. L’atteinte des résultats est aussi mieux vécue puisqu’elle est en cohérence avec l’image positive de soi. De plus, de grandes réussites sont le plus souvent accompagnées non seulement d’une satisfaction personnelle, d’un renforcement de l’image de soi mais aussi d’un confort physique, social et financier.

  • Votre cœur et votre corps sont nourris, votre estime personnelle aussi, vous vous sentez en sécurité physique et émotionnelle Que vous manque-t-il ?


Conclusion

Je tiens à rappeler que la vision de la pyramide de la vie, que je vous propose ici, est toute personnelle mais toutefois réfléchie car issue de l’observation des 20 ans de ma pratique de psychologue. Je n’ai pas la même histoire que Abraham Maslow et je ne vis pas à la même époque ni avec la même condition et vision sociale. En effet, je suis une femme, une mère de famille, enfant unique d’une famille d’origine française, catholique, paysanne et ouvrière qui a vécu les affres de la guerre mais aussi profité de la période d’après, des 30 glorieuses, de 1945 à 1975, pour améliorer son confort de vie.
Je précise aussi que le passage d’un besoin à l’autre n’est pas soudain mais bien progressif et qu’il y a aussi un renforcement positif du ou des besoin précédents par les suivants.
Récapitulons :

Le premier besoin est l’Amour ; l’amour de soi, l’amour de l’autre, donné et reçu.
Il en découle le 2ème besoin, l’Être. Nous existons dans le regard de l’autre et nous existons dans notre regard.

Le 3ème besoin est le Faire. Notre être définit nos actions, notre « faire ». En effet, nous pouvons réaliser, nous pouvons créer si nous avons affirmé notre identité.

Le 4ème besoin est L’Avoir, sa qualité dépend de notre estime de soi, de notre confiance en nous.

Ainsi,

Il faut d’abord Être, pour Faire et ensuite Avoir et non l’inverse comme l’annonce la pyramide de Maslow. 

Preuve en est que ce n’est pas parce que nous avons une grande maison, cinq hôtels, un yacht pour les vacances ou encore le dernier téléphone de notre marque favorite, que nous sommes heureux.

Pour répondre à ma question sur le sentiment de manque, je pense que vous avez tout, et vous pouvez offrir ce tout au monde et, à mon sens, vous êtes déjà en chemin.

Patricia LE BOUEDEC avec la relecture et les corrections de Guylaine JOLY, coach en écriture https://guylainejoly.com/

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